Crédit Immobilier de France : La fin d’une banque

Depuis que ses administrateurs ont refusé de valider les comptes de 2011, le Crédit Immobilier de France traverse d’importantes difficultés. En cause, le modèle économique de cet établissement qui inquiète quelque peu les marchés. Résultat, l’Etat doit lui apporter sa garantie pour lui éviter la faillite et selon les directives de Bruxelles, la banque est à présent incapable d’émettre de nouveaux prêts immobiliers.

Début septembre, le gouvernement a du se porter au secours du Crédit Immobilier de France afin de lui éviter la faillite. Pour cela, l’Etat a donné sa garantie, à hauteur de 4,7 Md€ d’après une source proche du dossier. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a toutefois tenu à préciser que « l'Etat a pris ses responsabilités en donnant sa garantie mais comme cet établissement dispose de fonds propres, l'argent des contribuables ne sera pas mis en cause ».

Cette prise en charge de l’Etat sonne toutefois le glas des activités de crédit immobilier de l’établissement. En effet, la banque ne pourra plus distribuer de nouveaux prêts immobiliers, se contentant de gérer les 33 Md€ de crédits existants.

La dernière banque indépendante

Le Crédit Immobilier de France est le dernier établissement prêteur indépendant, c’est-à-dire non-adossé à une banque de dépôt. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui est à l’origine de ses déboires. En effet, les autres banques peuvent compter sur les dépôts de leurs clients pour se procurer à bon compte des capitaux à prêter, alors que le CIF était forcé de se financer intégralement sur les marchés, donc à des coûts plus élevés. Ce modèle économique a inquiété les agences de notations, du fait de sa plus grande vulnérabilité à la conjoncture économique. Elles ont donc décidé de dégrader sa note.

L’Etat a bien tenté de sauver les activités du CIF en l’orientant vers un adossement à une banque de dépôt, mais la Banque Postale, qui était le principal candidat, a finalement renoncé. Il semblerait que la Banque Postale ait notamment été refroidie par la nature du portefeuille de prêts du CIF, qui comprend de nombreux prêts immobiliers à taux révisable et de prêts à 110% (prêts dont le montant est supérieur à la valeur du bien, finançant aussi les frais, notamment de notaire).

Des inquiétudes quant au marché immobilier

L’arrêt des activités du CIF, c’est plus que l’extinction d’une banque : certains observateurs s’inquiètent d’ors et déjà de ses conséquences sur le financement immobilier en général. En effet, le CIF avait des critères d’octroi de crédits immobiliers plus larges que la plupart de ses concurrents, ce qui permettait à des ménages modestes de financer leurs projets immobiliers. A présent, ce type de profil risque d’éprouver des difficultés à trouver un établissement prêteur les acceptant.

De la même façon, nombre de promoteurs et de constructeurs de maisons individuelles spécialisés dans les biens d’entrée de gamme risquent de voir leur activité chuter fortement, faute de pouvoir proposer un financement à leurs clients.


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